Broadwood de 1843, sur lequel a joué Frédéric Chopin à Edimbourg en 1848.
Ce piano a été donné par madame Sheila Barnès à Fabienne et Claude Darré de la société
"Lancosme Multimédia"
Il était une fois, le 1er juillet 1804 (12 Messidor an XII), à la veille du mariage de tante Lucie. Les quadrilles étaient formés. Sophie Dupin portait ce jour-là une jolie robe couleur de rose, et Maurice jouait sur son fidèle violon de Crémone une contredanse de sa façon. Se sentant un peu souffrante, Sophie quitta la danse et passa dans sa chambre.
La contredanse continua, au dernier chassez-huit, tante Lucie entra dans la chambre de Sophie, et tout aussitôt s’écria : Venez, venez, Maurice vous avez une fille. – Maurice la prit dans ses bras et s’écria, elle s’appellera Aurore, comme ma pauvre mère qui n’est pas là pour la bénir …. Elle est née en musique et dans le rose … elle aura du bonheur … dira tante Lucie.
C’est en juillet 1808, à l’âge de quatre ans seulement qu’Aurore découvre Nohant, elle est éblouie par le faste et la grandeur de la maison. Le lit de sa grand-mère l’impressionne, elle le compare à un corbillard…..
Ce séjour à Nohant n’aurait dû être qu’une étape….. le destin en décide autrement. Dans la nuit du 17 septembre, Maurice Dupin, héros des guerres de la République et de l’Empire, rentré depuis quelques semaines en France, se tue d’une chute de cheval sur la route entre La Châtre et Nohant.
Il laisse une fille, Aurore âgée de quatre ans, livrée à la tendresse de deux femmes incapables de se comprendre : l’une, Mme Dupin de Francueil, grand-mère d’Aurore, aristocrate, cultivée, grande d’esprit et d’âme. L’autre, Sophie, sa mère, plébéienne, tout instincts et contradictions, tumultueuse, ardente, entière, impulsive, indomptée. La première, n’avait jamais eu le caractère de l’artiste, bien qu’elle en eût certaines facultés. La seconde,artiste des pieds à la tête, elle en avait la sensibilité et la spontanéité, la fantaisie et le caprice, mais surtout une richesse de dons qui laissait la vieille Mme Dupin confondue devant tant d’aisance et de facilités. De loin, et à raisonner elle haïssait sa belle-fille ; de près elle était subjuguée, invinciblement.
Après trois mois de cohabitation plus ou moins difficile, les deux femmes sont d’accord : Aurore reste à Nohant, Mme Dupin devient sa tutrice, elle s’engage à lui faire donner une bonne éducation, en contre partie Sophie quitte Nohant avec une rente annuelle.
Aurore se retrouve extrêmement désemparée auprès de cette grand-mère qu’elle ne connaît pas, et qui de plus est, lui donne une éducation très stricte et pleine de principes.Son précepteur sera celui de son père ; François Deschartres, un véritable savant, c’est un homme haut en couleur, outre ses compétences d’enseignant, il est aussi un peu médecin, un peu vétérinaire, c’est en sa compagnie que Aurore découvre son Berry d’adoption, et qu’elle entendra pour la première fois cette musique berrichonne, composée de la vielle et de la cornemuse, cette musique qui restera gravée à tout jamais dans son esprit.Pendant toute son enfance et son adolescence elle a l’occasion d’entendre et d’aimer cette musique du peuple, puisqu’à cette époque en Berry aucune fête, aucune réjouissance, qu’elle soit familiale, corporative, païenne, ou calendaire ne se déroule sans la présence d’un ménétrier pour faire danser, ou tout simplement le dimanche matin à la sortie de la messe. Cette attirance pour la vie populaire et rurale, va d’ailleurs effrayer sa grand-mère, qui aurait préféré voir sa petite fille bien sage à faire de la broderie plutôt que de courir dans les champs en compagnie des petits paysans de la Vallée noire. Elle décide donc de mettre sa petite fille dans un couvent. Un bon matin elle lui annonce :
[…] Ma fille ….Votre teint est noirci, vos mains gercées, vos pieds vont se déformer dans les sabots. Votre cerveau se déforme et se dégingande comme votre personne …. Vous n’avez point de tenue, point de grâce, point d’à-propos …Vous avez d’ailleurs besoin de maîtres d’agrément, et je ne puis vous en procurer ici. J’ai donc résolu de vous mettre au couvent.
Nous étions en 1817.. Mme Dupin avait choisi le couvent des Dames Anglaises, renommé pour ses maîtres d’agrément, et l’un des plus en vogue pour l’éducation des demoiselles de qualité. Aurore en sortira 3 années plus tard.
De retour à Nohant Aurore retrouve une grand-mère qui a beaucoup vieilli, elle décèdera l’année suivante, le 25 décembre 1821.
Les années vont passer, et lorsque plus tard, George Sand ouvrira sa maison à des hôtes illustres, elle pourrait ignorer ou renier cette musique du peuple, en fait c’est tout le contraire qui se passe, elle s’efforce de leur faire découvrir les usages, les coutumes, la musique et aussi les instruments, qui ont bercé son adolescence, non pas comme une curiosité rurale, mais bien comme une véritable culture régionale.
Tout au long de sa vie George Sand va manifester un réel intérêt pour cette culture populaire berrichonne.
Dans plusieurs de ses œuvres la musique, le parler mais aussi les traditions, souvent très proches de certaines croyances tiennent une grande place, notamment dans ses romans dit champêtres (Jeanne, la petite Fadette, la mare au diable, François le champi, le meunier d’Angibault, et aussi et surtout dans les maîtres sonneurs ce chef d’œuvre consacré à la musique populaire à travers lequel est évoqué la rivalité des ménétriers berrichons et des ménétriers bourbonnais.
D’un point de vue ethnographique, ce roman est intéressant pour plusieurs raisons : d’abord le titre « Les Maîtres sonneurs », aux 18e et 19e les musiciens populaires berrichons sont appelés Ménétriers, George Sand, vraisemblablement inspirée par certaines lectures et notamment par le Barzaz-Breiz de La Villemarqué, (livre consacré aux traditions bretonnes) nommera donc les ménétriers par le terme « sonneurs », le vocable de maître lui est incontestablement inspiré par tout ce qui touche à la Franc-maçonnerie et au Compagnonnage. Ainsi sont nés, dans l’esprit fécond de George Sand « Les Maîtres sonneurs ». Dans ce chef-d’œuvre elle évoque les confréries de sonneurs berrichons et bourbonnais, tout cela n’est que le fruit de son imagination fertile, tout comme les concours pour devenir Maîtres sonneurs qui se déroulent dans les sous sol du château de St Chartier d’une façon tout à fait diabolique.
George Sand est incontestablement la première Ethnographe, voire Ethnomusicologue du Berry. En effet, dès les années 1839 et jusqu’en 1846 en compagnie de Frédéric Chopin, ils collectent des airs de danses entendus lors de fêtes à Nohant. Malheureusement, dans les années 1860, George Sand déplore et s’émeut de la disparition progressive de certaines coutumes. Elle écrit dans son agenda le 29 juillet 1866:
[…] C’est la Ste Anne… nous allons ce soir à l’assemblée avec les dames Villejovet. C’est triste, peu de monde, un seul orchestre, on danse sur un parquet des danses impossibles, ni lard ni cochon : plus de grâce, plus de caractère, plus rien du vieux Berry : c’est fini. Je l’ai vu mourir et j’ai bien fait de la raconter, plus de beaux gars, plus de jolies filles. Bientôt il n’y aura plus de coutumes.
A Henri Harisse, elle écrit le 19 janvier 1867:
[…]le beau berrichon de ma jeunesse est aujourd’hui une langue morte. La bourrée, cette danse si jolie, est remplacée par de stupides contredanses, nos chants du terroir, admirable autrefois et qui faisaient l’adoration de Chopin et de Pauline Garcia, cèdent le pas à la femme à barbe.
Si George Sand revenait aujourd’hui, elle serait sans doute surprise, mais aussi ravie de constater que finalement toutes ces coutumes et en particulier cette musique du peuple, que l’on appelle aujourd’hui traditionnelle ne s’est pas perdue, ne s’est pas éteinte, bien au contraire elle est devenue une véritable musique vivante et cela en grande partie grâce à elle et aussi à Pauline Viardot. Ensemble elles ont réalisé un énorme travail de collectage.
[…] extrait de « Promenade autour d’un village.1859
La cornemuse à petit ou à grand bourdon est un instrument barbare, et cependant fort intéressant. Privé de demi ton accidentels, n’ayant juste que la gamme majeure, il serait un obstacle invincible entre les mains d’un musicien. Mais le musicien naturel, le cornemuseux du berry (formé presque toujours en bourbonnais) sait tirer de cette impuissance de son instrument un parti inconcevable. Il joue tout ce qu’il entend ; majeur ou mineur, rien ne l’embarrasse. Il en résulte des aberrations musicales qui font souvent saigner les oreilles, mais qui aussi parfois frappent de respect et d’admiration par l’habileté, l’originalité, la beauté des modulations ou des interprétations. On est tenté alors de se demander si cette violation heureuse de nos habitudes, et si la musique, comme la langue, n’est pas quelque chose à côté et même en dehors de tout ce que nous avons inventé et consacré.
Parallèlement à ces influences populaires, la jeune Aurore va recevoir de sa grand-mère une véritable éducation musicale. Son grand-père était lui aussi musicien, Aurore ne l’a pas connu. Il avait 32 ans de plus que sa grand-mère, mais souvent madame Dupin lui parle de son grand-père:
[…]Votre grand-père, ma fille, a été beau, élégant, soigné, gracieux, parfumé, enjoué, affectueux et d’une humeur égale jusqu’à l’heure de sa mort ». Il avait le don de toujours savoir s’occuper d’une manière agréable pour les autres autant que pour lui-même. Le jour il faisait de la musique avec moi ; il était excellent violon , et faisait ses violons lui-même , car il était luthier, outre qu’il était horloger, architecte, tourneur, peintre , serrurier, décorateur cuisinier, poète, compositeur de musique , menuisier, et qu’il brodait à merveille.
Sa grand-mère, qui possède une grande culture, est elle-même une excellente musicienne, elle joue de la harpe, du clavecin et chante à merveille. Mme Dupin lui enseigne la harpe classique et surtout le piano et cela dès son plus jeune âge. Aurore fait de rapides progrès en solfège.
C’est en 1811, à l’âge de sept ans, que commence véritablement l’éducation musicale d’Aurore, Mme Dupin s’institue son professeur de musique.Tout naturellement son goût se forme. Aurore n’entend que de bonnes musiques : les maîtres italiens et allemands du XVIIIe siècle, Durante, Hasse, Gluck et Pergolèse.Le répertoire de Mme Dupin est très varié, Aurore découvre les opéras comiques de Grétry , Monsigny , Dalayrac ou Paesiello.
[…] Je m’asseyais par terre sous le vieux clavecin, où Brillant, son chien favori, me permettait de partager un coin de tapis, et j’aurais passé là ma vie entière, tant cette voix chevrotante et le son de cette épinette me charmaient.
Pour parfaire l’éducation musicale de sa petite fille, Madame Dupin de Francueil crut bon de faire donner des cours à Aurore par un organiste de La Châtre.Dans " Histoire de ma Vie" George Sand écrit:
[…] La musique qu’on m’enseignait commençait à m’ennuyer. Ce n’était plus la direction de ma grand-mère. Il savait la musique certainement, mais il ne la sentait nullement. […] Il arrivait le dimanche à midi, se faisait servir un copieux déjeuner, remontait l’accord du piano et du clavecin, me donnait une leçon de deux heures, puis allait batifoler avec les servantes jusqu’au dîner. Là il mangeait comme quatre, parlait peu , me faisait jouer ensuite devant ma grand-mère un morceau qu’il m’avait seriné plutôt qu’expliqué, et s’en allait les poches pleines de friandises qu’il se faisait donner par les femmes de chambre … Avec ce professeur je perdais le respect et l’amour de la musique…
L’hiver 1811 / 1812 se passe à Paris, Aurore poursuit ses études musicales , elle partage ses leçons avec Pauline de Poncaré, fille d’une amie de son père .Pendant les années au couvent les progrès d’Aurore furent à peu près nuls .Pourtant son professeur, Mr Pradher , est un excellent maître et Aurore qui adore toujours la musique a bien envie d’étudier . Mais les « diableries » vont l’emporter sur l’étude de la musique.
Toutefois à la fin de l’année 1817, une circonstance particulière réveille le zèle musical d’Aurore. Longtemps tenue au dortoir pour sa dissipation, elle obtient enfin une cellule où elle peut travailler sa harpe une heure par jour. En 1818 / 1819, Aurore traverse une crise mystique. Dès l’année suivante, effrayée par la dévotion persistante de sa petite fille, Mme Dupin décide brusquement de la retirer du couvent. Pour distraire Aurore, hébétée de chagrin, qui se trouve brutalement coupée de cet univers qui était devenu le sien, sa grand-mère la mène au théâtre, elle entend pour la première fois Mme Catalani dans « Il fanatico per la musica ».L’année qui va suivre cette crise mystique, Aurore sera plus équilibrée et restera très liée avec quelques pensionnaires bien douées pour la musique, ( les sœurs Jane et Aimée Bazouin et surtout Emilie de Wisnes…)Une correspondance suivie s’établira, surtout avec Emilie de Wisnes qui deviendra une bonne harpiste, leurs relations épistolaires cesseront lorsque Aurore Dudevant deviendra George Sand. De retour à Nohant, Aurore est reprise par les harmonies familières : le chant des rossignols et le chant bien plus prenant des laboureurs qui briolent aux bœufs Elle consacre par jour, une heure « à l’histoire, une au dessin, une à la musique,». La visite à Nohant de Mme de Poncaré et de sa fille Pauline pendant plusieurs semaines va permettre à Aurore de faire d’énormes progrès. Sur le piano, il y a toujours trois ou quatre partitions ouvertes. Aurore retrouve les ouvrages de Gluck et l’un des opéras le plus goûté de son père, « Œdipe à Colone », de Sacchini. Après avoir bien travaillé les deux jeunes filles pensent aussi à s’amuser, Aurore entraîne son amie Pauline dans un coin du parc et lui enseigne les pas de la bourrée berrichonne.Madame Dupin de Francueil décède le 25 décembre 1821, laissant à sa petite fille l’ensemble de son patrimoine.Début 1822 Aurore rencontre en région parisienne le fils d’un Baron d’empire, François Dudevant dit Casimir de 9 ans son aîné, elle l’épousera en septembre 1822. L’année suivante elle met au monde Maurice et cinq ans plus tard Solange, mais ce sera un mariage raté, le couple périclite très vite, rien ne semble pouvoir le sauver. Aurore s’ennuie, déprime même auprès de ce mari, plus attiré par la chasse, la fréquentation des cabarets et éventuellement la compagnie des petites servantes que par la littérature, la peinture, ou la musique. Un véritable fossé intellectuel s’installe entre eux, ils étaient d’accord sur un seul point « l’opposition à Charles X ».
Pour tenter d’oublier ses déboires conjugaux Aurore passe de nombreuses heures devant son piano (un piano que son mari a consenti à lui offrir en 1824 pour remplacer le mauvais petit piano de sa Grand-mère). Les années suivantes -- 1826-1830, furent plutôt moins pénible. Fixée sur la médiocrité de Casimir, Aurore songe désormais à vivre par et pour elle-même. A mesure que le désordre s’installe à Nohant, Aurore ne rêve que de liberté et d’indépendance pour elle et pour ses enfants.Le 30 juillet 1830, au château du Coudray chez son ami Duvernet, Aurore fait la connaissance de Jules Sandeau. C’était l’été, il y avait les soirées de musique à Nohant, les bals du village, les promenades, les pique-niques et les excursions dans les bois . Le petit Jules et Aurore se découvrent une passion commune : la littérature.
C’est ainsi qu’Aurore décide de partir….elle annonce sa décision à Casimir, avec un aplomb et un sang froid qui l’ont pétrifié. « je veux une pension et j’irai à Paris pour toujours, mes enfants resteront à Nohant » .Chose dite, chose faite, Aurore retrouve Jules Sandeau qui l’attend avec impatience dans une petite mansarde du quai des Grands-Augustins d’où l’on voyait la Seine et les tours grises de Notre Dame. Les semaines qui suivent sont bien remplies, elle rencontre Balzac, qui publie « La peau de chagrin », elle va applaudir Marie d’Orval dans une pièce de Dumas « Antony », elle entend parler des vers d’un enfant de génie : Alfred de Musset. Pour conquérir son état de femme libre et indépendante, Aurore accepte d’écrire dans le Figaro (journal polémique et satirique) dirigé par un compatriote Berrichon « de Latouche »Paris 1831 ! L’aube du romantisme s’est levé sur la vieille cité depuis un an à peine, entraînant dans son sillage une légion turbulente, frondeuse, impatiente de refaire le monde ….Une légion qui se nomme elle-même la jeune France, dont les chefs de file n’ont pas trente ans et s’appellent Victor Hugo, Théophile Gautier, Eugène Delacroix, ou Alfred de Musset. Très rapidement Aurore se retrouve au centre de ce cénacle de jeunes intellectuels.Aurore est rejoint par certains de ses amis berrichons, notamment par Charles Rollinat de quatre ans son cadet, qui comme Aurore, se passionne pour la littérature et aime la même musique. Ensemble ils entendront La Malibran et applaudiront Paganini, très souvent d’ailleurs avec des places offertes par le cousin de Rollinat, Henri de Latouche.Après quelques mois passés à Paris, Aurore rentre à Nohant ; ce retour ne fut pas un retour vers Casimir. Elle retrouve ses enfants, et aussi son piano devant lequel elle passe de longs moments. Paris lui manque, mais une fois dans la capitale c’est la campagne qui lui manque. Le semestre écoulé Aurore retourne à Paris, et publie en compagnie de Jules Sandeau Rose et Blanche, un premier roman écrit à quatre mains et signé J. Sand.L’année suivante Aurore devient George (c’est une idée de « de Latouche ») elle publie en 1832 coup sur coup Indiana et Valentine, romans que l’on peut déjà qualifier comme socialement engagés. Notamment Indiana qui est une véritable déclaration de guerre au code Napoléon. En 1833, George Sand publie Lélia. Au mois de juin, elle rencontre Alfred de Musset lors d’un dîner donné par François Buloz directeur de La revue des deux mondes. Le 12 décembre 1833, les amants partent pour l’Italie, Paris / Lyon en voiture, ensuite descente du Rhône en bateau à vapeur. Parmi les passagers se trouve Stendhal. A Marseille, ils s’embarquent pour Gênes. A leur arrivée à Venise, ils s’installent à l’hôtel Danielli, situé face au grand canal. Après les quelques péripéties des premiers jours, George Sand s’enivre de Venise et de musique ; cette musique Italienne, c’est le charme, la gaieté, la virtuosité brillante du théâtre-italien, c’est Rossini, c’est Bellini c’est la beauté des voix : Rubini , Lablanche, Tamburini, Grisi, et surtout La Pasta que George Sand ira applaudir plusieurs fois. Pour tous les français ou presque, l’Italie du XIXe siècle jouissait d’un énorme prestige musical.Toute son enfance, toute son adolescence s’étaient, entre autres nourries des meilleures musiques italiennes. George Sand publie : les premières lettres d’un voyageur, elle publie également André, Jacques, Léone Léoni.Le 26 juillet 1834, George Sand quitte Venise et regagne la France par Vérone, Milan et la Suisse. Elle est à Nohant au début du mois de septembre. Dès le mois suivant George est de nouveau à Paris, elle recherche désespérément une vie, stable et normale en compagnie d’amis artistes. Musset, avait invité à dîner quai Malaquais Franz Liszt , ce jeune pianiste hongrois qui éblouissait tout Paris, Berlioz était là lui aussi. Ce sera la première rencontre de George et de Franz, il était âgé de vingt trois ans. 1835 : La liaison George Sand / Alfred de Musset est agonisante. Franz Liszt fait découvrir à George un monde nouveau : le milieu de la musique. Pendant douze ans, les plus grands musiciens du siècle : Liszt, Chopin, Meyerbeer, Berlioz, Pauline Viardot vont contribuer à perfectionner sa culture musicale, commencée par la vieille Mme Dupin, et poursuivie toujours à bâtons rompus.
[…] je veux m’entourer d’hommes purs et distingués , loin de moi les fats , je veux voir des artistes – Liszt, Delacroix, Berlioz, Meyerbeer, je ne sais qui encore. Je serais homme avec eux et on jasera d’abord, on le niera, on en rira …Ces hommes-là même qui m’entoureront, me défendront et me justifieront.
George Sand place la musique au premier rang de la hiérarchie des beaux arts.
« Cette langue vague et mystérieuse, qui répond à toutes les âmes et reçoit de leur situation personnelle une traduction particulière doit être la seule langue commune entre les hommes ».
Le 11 mai 1836, le tribunal de La Châtre prononce la séparation de corps et de biens des époux Dudevant. Le 26 juillet, George Sand regagne Nohant, enfin libre ! , c’est la Ste Anne, la patronne du village : les paysans dansent la bourrée sous les grands ormes de la place de Nohant. Le 28 août, George, ses deux enfants et Ursule la petite paysanne de ses jeunes années (et maintenant à son service) partent pour la Suisse afin de retrouver Franz Liszt et sa maîtresse la Comtesse d’Agoult.Dans l’hôtel où ils descendent, George Sand remplit la fiche de police sous le nom de « Piffoël », Franz Liszt l’avait remplie sous le nom de « Fellows » .La vie joyeuse de Genève, terminée le 30 septembre se poursuit à Paris dans le courant de l’automne. George Sand et ses enfants s’installent à l’hôtel de France, au 23, rue Laffitte.Ce séjour à l’hôtel de France se poursuit pendant deux mois et demi, George, ses enfants, Franz et Marie font appartement commun.La rencontre « Chopin / Sand » date probablement de cette époque et non en 1837 comme on l’a souvent raconté.9 janvier 1837, retour à Nohant, dès cet instant, George Sand ne vit plus qu’en attendant la visite de Marie et Franz, pour l’occasion elle fait remettre en état la chambre de sa grand-mère, on ramone la cheminée, on met des rideaux neufs, rien n’est trop beau pour sa chère comtesse Mirabelle.Elle avait établi la coutume de convier à dîner ses amis berrichon : les Duteil, Fleury, Bourgoing, Duvernet, Papet, Périgois, Néraud etc .Marie d’Agoult arrive à Nohant le dimanche 5 février.
Le jeudi suivant les amis conviés au rituel dîner se régalent de la présence de la comtesse, on parle entre autre de la future venue à Nohant de Franz Liszt.Franz annonce son arrivée pour le 27 février. La dernière lettre de George était pressante : on le réclamait le plus tôt possible à Nohant et puisqu’il avait écrit à Marie que l’on pouvait espérer Chopin, elle insistait … ( dites à Chopin que je le prie et le supplie de vous accompagner ; que Marie ne peut vivre sans lui et que moi je l’adore).Mais, le temps de Chopin à Nohant sera pour plus tard, les deux musiciens ne s’y rencontreront jamais. Franz n’avait pu s’accorder qu’une semaine de répit entre deux concerts et George avait battu le rappel des amis : le maestro n’était chez elle que pour quelques jours ; peut-être auraient-ils le bonheur de l’entendre. Le 5 mars Franz repart de Nohant seul, il doit donner le grand concerto de Weber à l’Opéra. Marie le rejoint à Paris le 15 mars. A Nohant George Sand étale devant elle les articles célébrant le maestro avec la secrète fierté d’avoir compris son génie. Un second séjour de Franz et Marie est prévu début mai, cette fois pour plusieurs semaines. George Sand se démène pour qu’un piano de chez « Erard » soit à Nohant avant ses invités. George le fait installer au rez-de-chaussée dans la chambre qui a été celle de sa grand-mère, juste sous la sienne. Ils arrivent le 8 mai, Liszt a apporté les partitions des symphonies de Beethoven, de Schubert, de Berlioz. Franz Liszt est agréablement surprit de trouver à Nohant ce magnifique piano que George Sand a loué pour lui, c’est à Nohant que Liszt va transcrire « la symphonie pastorale » et « l’hymne à la joie de Beethoven »
[…] Quand Franz joue du piano, je suis soulagée. Toutes mes peines se poétisent, tous mes instincts s’exaltent. Il fait surtout vibrer la corde généreuse .
Pendant onze semaines, Liszt après l’atmosphère épuisante de Paris allait trouver à Nohant une détente féconde. Joie des yeux, joie du cœur, joie de l’esprit, douceur de vie, gaietés et facéties. La musique est souvent présente, mais alterne avec les douces stations au jardin, les déjeuners sur l’herbe ou dans les bois, de longues promenades sur les bords enchanteurs de l’Indre, mais aussi les visites au Coudray chez l’ami Duvernet et parfois dix lieues à cheval pour aller vérifier sur place quelques décors essentiels. Au retour Franz se mettait au piano et « résumait les émotions de la promenade ». Dans son journal intime George Sand écrit:
« Ce soir là, pendant que Franz jouait les mélodies les plus fantastiques de Schubert, la princesse, se promenait dans l’ombre autour de la terrasse, elle était vêtue d’une robe pâle. Un grand voile blanc enveloppait sa tête et presque toute sa taille élancée. Elle marchait d’un pas mesuré qui semblait ne pas toucher le sable et décrivait un grand cercle coupé en deux par le rayon d’une lampe autour de laquelle toute les phalènes du jardin venaient danser des sarabandes délirantes. La lune se couchait derrière les grands tilleuls et dessinait dans l’air bleuâtre le spectre noir des sapins immobiles. Un calme profond régnait parmi les plantes, la brise était tombée mourante épuisée sur les longues herbes aux premiers accords de l’instrument sublime. Le rossignol luttait encore, mais d’une voix timide et pâmée. Il s’était approché dans les ténèbres du feuillage et plaçait son point d’orgue extatique, comme un excellent musicien qu’il est, dans le ton et la mesure ».
Nous étions tous assis sur le perron !!
Juin 1838 : début de la liaison avec Frédéric Chopin
Frédéric Chopin quitte Varsovie, il passe par Vienne et Stuttgart ,avant de s’installer à Paris fin 1831 .Ses premiers amis sont des compatriotes Polonais comme lui, tous plus ou moins exilés . Au cours des 18 années passées à Paris, Chopin aura neuf adresses différentes, la dernière sera place Vendôme.Frédéric Chopin est d’origine française côté paternel. Son père Nicolas Chopin est né le 15 avril 1771 à Marainville en Lorraine. Il s’exile volontairement en 1788 en suivant une famille aristocrate polonaise. Il deviendra précepteur et plus tard professeur de français, il jouait du violon et de la flûte. Le 2 juin 1806, dans la petite église de Brochow, village voisin de Zélazowa-Wola, Nicolas Chopin convole en juste noce avec Justynia Krzyzanovska . Il a trente cinq ans, elle vingt quatre. De ce couple uni et heureux va naître quatre enfants (trois filles et un garçon : Ludwika, Fryderyk 1er mars 1810, Isabella , et Emilia.
Justynia, la mère de Frédéric, est pianiste, elle sera son premier professeur, mais devant les fabuleuses dispositions de son fils, rapidement elle le confit à un vrai professeur, qui lui aussi baissera très vite les bras devant le génie du jeune Frédéric, son principal professeur sera Joseph Elster qui dirigeait le conservatoire de Varsovie.La première adresse à Paris de Chopin sera Boulevard Poissonnière, guidé par un goût sûr, il choisit ses relations comme ses distractions en fonction de certains paramètres dont il est seul juge. Tandis qu’il se prépare à ce qui va constituer ses grands débuts, Chopin se mêle de plus en plus à la vie parisienne. Comme à Varsovie, son élégance et son charme naturel lui ont ouvert les portes des salons de l’aristocratie, mais aussi il investit les milieux musicaux. C’est ainsi qu’il noue des liens d’amitié avec trois musiciens de son âge : Félix Mendelssohn, Ferdinand Hiller et surtout Franz Liszt, trois étrangers, qui comme lui ont choisi Paris comme lieu de consécration. C’est au mois d’octobre 1836, à l’hôtel de France, rue Laffitte que le musicien fait la connaissance de la romancière, là où résident Franz Liszt et Marie d’Agout.Après cette première rencontre il écrit à sa famille:
[…] j’ai fait la connaissance d’une grande célébrité : Madame Dudevant, connue sous le nom de George Sand ; mais son visage ne m’est pas sympathique et ne m’a pas plu du tout. Il y a même en elle quelque chose qui m’éloigne.
Il ajoute à Ferdinand Hiller :
[…] Quelle femme antipathique cette Sand ! .Est-ce vraiment bien une femme ? Je suis prêt à en douter…
Prélude insolite pour la naissance d’un grand amour. Frédéric va tomber dans le piège que George lui tend avec d’autant plus d’énergie qu’elle croit trouver en lui cet « amant-enfant », recherché en vain auprès de chacun des hommes qu’elle a connus.Durant les mois le l’été 1838, George Sand parachève la conquête de Frédéric avec autant d’ardeur que de délectation.En septembre 1838, elle écrit à Eugène Delacroix,
[…] je commence à croire qu’il y a des anges déguisés en homme , qui se font passer pour tels, et qui habitent la terre quelque temps pour consoler et pour attirer avec eux vers le ciel les pauvres âmes fatiguées et désolées prêtes à périr ici bas.
Delacroix se révèlera pour le couple un ami d’une fidélité à toutes épreuves. Il éprouve à l’égard de Chopin un grand respect (pour l’homme et une grande admiration pour l’artiste). Avant de devenir le peintre à l’immense talent qu’il était, il voulait devenir violoniste. George Sand va décider de mettre son bonheur tout neuf à l’abri, sur les conseils de sa grande amie la comtesse Marliani (son mari est consul d’Espagne). Elle choisit le charme exotique des îles Baléares, voyage d’amoureux mais aussi voyage familial : Solange et Maurice les accompagnent. Ils iront cultiver les fruits de leur amour à Palma de Majorque. Maurice souffre de rhumatismes, il a besoin de changer d’air, ce changement d’air fera également le plus grand bien à la santé fragile de Frédéric. Le musicien est ravi de ce départ, ravi de pouvoir vivre sans contrainte auprès de sa bien aimée. La quiétude qu’il trouvera à Majorque lui permettra de donner une forme concrète à toutes ses musiques qui chantent en lui. Ainsi aura-t-il tout loisir de terminer les vingt quatre préludes qu’il a vendus à Pleyel avant même de les avoir composés. Frédéric Chopin quitte Paris le 27 octobre 1838, il rejoint George le 31. Dès le lendemain, la « tribu », George, Frédéric, les deux enfants et la femme de chambre Amélie, s’embarque à bord du phénicien qui les conduira de Port-Vendre à Barcelone et de Barcelone à Palma. Ils s’installent dans une petite villa, (du 15 novembre au 15 décembre) mais rapidement ils loueront deux cellules dans un couvent désaffecté la chartreuse de Valdemosa . Très vite ce voyage tourne au cauchemar. En fait de douceur, l’hiver s’installe, la pluie arrive, l’accueil n’est pas des plus chaleureux. Les Majorquins, peuple très croyant, n’apprécient pas ce couple illégitime qui de plus ne va pas à la messe.Chopin tousse de plus en plus, il consulte trois médecins, qui répandent dans l’île le fait qu’il soit contagieux. Malgré cette situation déplorable, nos deux artistes travaillent : George à Spiridion et Frédéric, malgré une santé de plus en plus fragile, sur son piano, qu’il a enfin pu récupérer, va composer quelques-uns de ses admirables Préludes , ainsi qu’un Scherzo, la Ballade n°2 en fa majeur et deux Polonaises. A ces œuvres, s’ajouteront la Mazurka en mi mineur, deux Nocturnes, tandis qu’il ébauche sa fameuse Sonate n° 2 opus 35 (marche funèbre). Chopin n’en peut plus, quitter l’île, ses habitants démoniaques, cette chartreuse sinistre, devient pour lui une obsession. Le 11 février 1839, nos voyageurs quittent Palma, la traversée Palma- Barcelone est des plus détestable, effectuée sur un des pire rafiot. Ils arrivent à Marseille, et là, sous le soleil printanier de la Canebière, la santé de Chopin va rapidement s’améliorer. Ils vont rester environ un mois et demi à Marseille. Ils rentrent ensemble à Paris, puis George Sand revient à Nohant préparer la venue de Frédéric.Frédéric Chopin découvre Nohant et le Berry le 1er Juin 1839 . Il se sent bien, ce Berry lui rappelle sa Masovie natale. Dans cette campagne berrichonne il découvre une certaine douceur de vivre, le calme, la sérénité, une qualité de vie auprès de sa bien-aimée « Aurora » , ce qui est très propice à la composition. Un Pleyel arrive le 9 août, c’est le second, celui arrivé au début de l’été était mauvais.A propos du premier piano George Sand écrit à Camille Pleyel Nohant le 10 juin 1839:
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous accuser réception du piano que vous avez bien voulu me confier. Il est très beau et Chopin en a été d’autant plus enchanté qu’il ne s’attendait pas à trouver ce bel instrument dans les déserts du Berry.
Une dizaine d’œuvres seront composée pendant cet été 1839 dont trois Mazurkas, la Sonate en si bémol mineur, dite marche funèbre, sera achevée.
L’été 1840 se passera à Paris où George Sand est occupée par le théâtre, notamment par « Cosima ».Ce premier essai de pièce de théâtre va s’avérer être très décevant. Chopin de son côté donne des leçons. Pour fuir et sans doute pour oublier sa maladie, il éprouve le besoin d’aller s’étourdir, le soir dans les salons aristocratiques du Faubourg St Germain .En 1841 les Viardot séjournent à Nohant. Pauline a une grande admiration pour Chopin, ils partagent la même passion et ont également la même exigence de perfection absolue. De nombreuses fois ils s’isoleront pour travailler des airs de Gluck, de Haendel, pour parcourir la partition de Don Giovanni de Mozart, ou pour mettre à l’épreuve certaines Mazurkas de Chopin transcrites pour elle, ou plus simplement pour décortiquer de vieilles partitions de l’opéras Italien ou du folklore Espagnol.Entre Pauline Viardot et George Sand il existe une amitié très sincère. Il a souvent été écrit que George considérait Pauline comme sa seconde fille, il y aura entre les deux femmes une grande admiration réciproque, leur échange épistolaire prouve cette profonde amitié. Un projet d’opéra ayant pour thème « la mare au diable » verra le jour, mais ne sera jamais concrétisé.George Sand commence l’écriture de « Consuelo », chef-d’œuvre consacrée à la musique savante, où sous les traits de Consuelo on reconnaît Pauline Viardot.Consuelo, qui paraît dans « la revue indépendante » est la grande synthèse de l’art, de l’utopie sociale, du fantastique et de l’hymne à l’amour. Les hivers se passent à Paris, Chopin donne des leçons, ce qui constitue l’essentiel de ses revenus, avec ses compositions. Les deux amants auront certaines adresses communes notamment, la rue Pigalle et le square d’Orléans situé rue Taitbout. Entre 1832 et 1848 Chopin ne donnera qu’une vingtaine de concerts. 1842 : Chopin et Delacroix séjournent à Nohant. Pendant ces différents séjours, Eugène Delacroix va peindre une dizaine de toile à Nohant, dont l’éducation de la vierge.Chopin vient de terminer une Mazurka en do dièse mineur et travaille maintenant les variations pathétiques de la 4ème Ballade en fa mineur.
1843 : A Nohant où Chopin passe tout l’été, visite de Delacroix, de Pauline Viardot.Deux Nocturnes sont composés, ainsi que trois Mazurkas et une Berceuse.
1844 : Chopin est à Nohant lorsqu’il apprend le décès de son père, il va en être très affecté, il demande à sa sœur Ludvika et à son beau frère de le rejoindre à Nohant. 1845 : L’été se passe à Nohant, Chopin compose entre autre (La Barcarolle opus 60) 1846 : sera le dernier été passé à Nohant pour Frédéric Chopin. Il compose cet été là , plusieurs Mazurkas, deux nocturnes, une sonate pour piano et violoncelle et aussi les valses opus 64 dont la n°1 lui est inspirée par un petit chien appartenant à George Sand. C’est une amie de Charlotte Marliani qui a procuré cet adorable petit animal à George Sand. Il s’appelle « Listo » ce qui fait trop penser à Liszt, on le débaptise il s’appellera « Marquis ».
George Sand l’adore immédiatement, il a le droit de venir la réveiller en sautant sur son lit, de partager son lait et de goûter ses macarons. Quand toute la maisonnée part déjeuner sur l’herbe ou en forêt, et que Frédéric n’est pas d’humeur à suivre, il est tout content de rester avec Marquis et de le laisser s’installer sur son sofa. Il le décrit comme un petit être extraordinaire, tout blanc, avec des poils comme des plumes de marabout, lorsque Chopin se met à jouer, ce petit chien tourne sur lui-même.
Il va inspirer Chopin, il compose « la valse du petit chien », valse en ré bémol majeur, appelée aussi valse d’une minute. Selon Chopin, cette valse avec le thème en croches au début devait, se dévider comme une pelote.Il la dédie à la belle comtesse Delphine Potocka. De gros nuages sombres planent au-dessus d’un amour émoussé. Frédéric devient difficile à vivre, il souffre, les accrochages avec Maurice sont de plus en plus fréquents. Le 11 novembre 1846, Frédéric Chopin quitte Nohant, sans savoir qu’il n’y reviendrait jamais.Solange, épouse le 19 mai 1847 le sculpteur Auguste Clésinger, rapidement de gros problèmes d’argent apparaît dans la vie du couple qui vit au dessus de ses moyens. Ils réclament de l’argent à George Sand qui refuse, après une scène dramatique, le couple Clésinger est mis à la porte de Nohant, George Sand écrit à Marie de Rozières :
[…] Ce couple diabolique est parti hier soir, criblé de dettes, triomphant dans l’impudence, et laissant dans le pays un scandale dont ils ne pourront jamais se relever. Je ne veux jamais les revoir, jamais ils ne remettront les pieds chez moi. Ils ont comblé la mesure. Mon Dieu ! je n’avais rien fait pour mériter un telle fille…
A partir de cet instant un véritable roman mélodramatique se joue, Solange colporte des ragots, jalouse de son frère et une lointaine cousine adoptée par sa mère.
Chopin prendra parti pour Solange, ce qui a pour conséquence la rupture définitive.
Le 28 juillet suivant George Sand écrit à Chopin une longue lettre :
[…] Faites ce que votre cœur vous dicte maintenant…Quant à ma fille…elle aurait mauvaise grâce à dire qu’elle a besoin de l’amour d’une mère qu’elle déteste et calomnie….il vous plaît d’écouter tout cela et peut-être d’y croire. Je n’engagerai pas un combat de cette nature ; il me fait horreur. J’aime mieux vous voir passer à l’ennemi que de me défendre d’une ennemie sortie de mon sein et nourrie de mon lait…Adieu mon ami, que vous guérissiez vite de tous maux, et je remercierai Dieu de ce bizarre dénouement de neuf années d’amitié exclusive. – Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles. Il est inutile de jamais revenir sur le reste.
Ils se croiseront une dernière fois en 1848 dans le hall de chez la comtesse Marliani, c’est là que Chopin apprend à George Sand qu’elle vient d’être Grand-mère, en effet Solange vient de mettre au monde une petite fille (qui ne vivra pas). Après cette époque la musique à Nohant n’aura plus le même retentissement Pauline Viardot reviendra plusieurs fois, et naturellement elle chantera, c’est d’ailleurs par l’intermédiaire de Pauline que George acquiert en 1849 un magnifique petit piano de chez Pleyel, qui est toujours à Nohant. Après l’échec de la seconde République, George Sand quittera Nohant de moins en moins souvent, ce sera l’époque des théâtres et aussi de son dernier compagnon, Alexandre Manceau (pas musicien pour un sou).
Frédéric Chopin terminera sa courte vie, entouré de quelques amis dont la Princesse Potocka, place Vendôme à Paris dans la nuit du 16 au 17 octobre 1849, Solange était présente. Au milieu de la nuit elle voulut le faire boire, il ne respirait plus, elle lui ferma les yeux.
Ses obsèques auront lieu 15 jours plus tard en l’église de la Madeleine, en présence de la soeur de Chopin et en l’absence de George Sand très remarquée, Pauline Viardot interprètera le Requiem de Mozart, après l’inhumation du corps de son frère au cimetière du Père Lachaise, Ludwika repartira vers leur Pologne natale en emportant dans une urne le cœur de Frédéric qui sera déposé dans un des pilier de la cathédrale Ste Croix à Varsovie.
George Sand aime toutes les formes musicales, des plus humbles aux plus savantes, du son nasillard de la cornemuse à la douceur de la harpe du chant des rossignols aux plus belles voix… elle aime tout simplement le son en lui-même.Hormis les pianos, beaucoup d’instruments se sont côtoyés à Nohant, la harpe classique, le clavecin, le violon, la guitare, le flageolet, le tambourin, la vielle, la cornemuse, même le clairon, puisque George Sand enseigne le solfège aux pompiers de Nohant.
Qui sait si elle n’eut pas réussi à devenir une remarquable interprète si elle avait été confié à un véritable maître, plutôt qu’à l’organiste de La Châtre !!
Son profond amour nostalgique de l’art divin, nous le connaissons par ce grand soupir de regret qu’elle pousse en 1849 :
[…] Ah ! que je voudrais parfois avoir quinze ans, un maître intelligent , et toute ma vie à moi seule ! je donnerais mon être tout entier à la musique , et c’est dans cette langue là la plus parfaite de toutes , que je voudrais exprimer mes sentiments et mes émotions. Je voudrais faire les paroles et la musique en même temps. Mais c’est un rêve comme celui qu’on ferait d’une île enchantée au moment où la mer va vous avaler à tout jamais.
Yves Henri, jouant le Pleyel de Nohant
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Dernière modification : 23/09/2007