George Sand

 
 
 
 
 

GeorgeSAND ET LA FRANC-MACONNERIE


                                


Il est nécessaire de bien préciser un point : George Sand n'a pas pu être elle-même initié à la Franc-Maçonnerie. Nous sommes au XIXe siècle.



Le « Droit Humain » loge mixte  et « La Grande Loge  Féminine de France » ont  été créés  en 1893.

Aurait-elle été acceptée dans l’une de ces loges ?  Ne perdons pas de vue son  anti-conformisme  et son comportement scandaleux aux yeux de l’opinion.


Et pourtant George Sand a été proche de la Franc-maçonnerie, elle s’y est intéressée de près, aidée en cela par ses amis qui, eux sont Francs-maçons ou amis de Francs-maçons.


En 1843, George Sand écrit à son fils Maurice :

« je suis dans la Franc-maçonnerie jusqu’aux oreilles, je ne sors pas du Kadosch, du Rose-Croix et du Sublime Ecossais. Il va en résulter un roman des plus mystérieux. Je t’attends pour retrouver les origines de tout cela dans l’histoire d’Henri Martin, les Templiers, etc… »


Et le 15 juin de la même année, elle s’adresse à Pierre Leroux en ces termes.

        « Vous ne savez pas dans quel labyrinthe vous m’avez fourrée avec  vos Francs-maçons et vos sociétés secrètes. C’est une mer d’incertitude, une abîme de ténèbres. Il y a tant d’inconnus dans tout cela que c’est une belle matière pour broder et inventer et, au fait, l’histoire de ces mystères ne pourra, je crois, jamais être faite que sous la forme d’un roman »


          L’intérêt que porte George Sand à la Franc-maçonnerie  peut s’expliquer par l’attirance de l’auteur pour une spiritualité nouvelle, le côté mystérieux des rites et des symboles, la matière enfin propre à servir une histoire romanesque et Romantique  à la fois.

        Elle ne pouvait qu’être sensible et sympathisante de cet humanisme  généreux  et profondément déiste de la maçonnerie de la moitié du XIXe siècle.

Mais ce qui fut déterminant , c’est sans conteste , la personnalité d’un certain nombre de ses amis Francs-Maçons.

Ils sont parisiens, comme Victor Borie, Louis Ulbach, directeur de « La Revue de Paris », le prince Jérôme Napoléon, Louis Blanc, Auguste Blanqui , Raspail.

Mais aussi, Victor Schoelcher, David D’angers, Pierre Leroux, Agricol Perdiguier, Alexandre Manceau.


George Sand écrit : "Manceau est reçu Franc-maçon, superbe cérémonie !" (Agenda du 14 octobre 1855).



A cette époque, il n'y a plus aucune loge dans l'Indre, où a-t-il alors été initié, peutt-être à Limoges, ou Gueret dans la Creuse où Paris ? Si quelqu'un avait la réponse, d'avance merci.


L’influence de Pierre Leroux est prépondérante. A t-il eu l’idée première d’un roman maçonnique, comme semblaient le suggérer les termes de la lettre du 15 juin 1843. Il ne faut pas oublier l’influence d’Agricol Perdiguier (Compagnon menuisier, dit Avignonnais  La Vertu)  que George Sand rencontre avant 1840 , avec lequel elle entretiendra une grande correspondance  liée au Compagnonnage et à la condition ouvrière, il deviendra Franc-maçon comme beaucoup de Compagnons. En 1840 George Sand publie « Le Compagnon du Tour de France ».

  Mais quel homme était ce Pierre Leroux qui exerça une si forte influence sur George Sand, dont elle s’imprégna si étroitement des idées que ses propos  à son égard nous laissent perplexes.

        « C’est un être que je vénère comme un nouveau Platon, comme un nouveau Christ » écrit-elle.

        Pierre Leroux est né à Bercy en 1797. Ouvrier typographe, il entra en 1831 dans le groupe des St Simoniens (avec Bazard et Enfantin).

        Son ouvrage capital parut en 1840 et s’intitulait : « De l’humanité, de son principe et de son avenir ».

        En ce qui concerne la Franc-maçonnerie, Pierre Leroux fut initié à l’Orient de  Limoges le 4 avril 1848, à la loge « Les artistes réunis ».



        Consuelo, La Comtesse de Rudolstadt,1842/43. Les Maîtres Sonneurs,1853

                                             

                                          "Romans Maçonniques"

         

Le "roman mystérieux", c'est Consuelo, suivi de La Comtesse de Rudolstadt, récit bien dans le goût de l'époque. On ne peut perdre de vue que si George Sand parle de "l'histoire de ces mystères", c'est en romancière qu'elle agira pour broder et inventer.

          Ces deux romans sont à la fois romantique, historique, mais aussi roman musical, puisque Porporina, l'héroïne est une célèbre cantatrice, également un roman féministe (comme souvent chez G Sand) Porporina est une femme supérieure, qui atteindra au privilège suprême, réservé pourtant aux hommes: l'initiation, et enfin et surtout un roman maçonnique.




Les Maîtres Sonneurs :


D’un point de vue ethnographique, ce roman est intéressant pour plusieurs raisons : d’abord le titre « Les Maîtres sonneurs », aux 18e et 19e les musiciens populaires berrichons sont appelés Ménétriers, George Sand, vraisemblablement inspirée par certaines lectures et notamment par le Barzaz-Breiz de La Villemarqué, (livre consacré aux traditions bretonnes) nommera donc les ménétriers par le terme « sonneurs », le vocable de maître lui est incontestablement inspiré par tout ce qui touche à la Franc-maçonnerie et au Compagnonnage. Ainsi sont nés, dans l’esprit fécond de George Sand « Les Maîtres Sonneurs ».

D’un point de vue « Maçonnique » on retrouve dans la trame de ce roman une véritable quête initiatique.

Joset le héros se trouve arraché au monde profane, il est entraîné sous la conduite d’un « père initiatique » dans un voyage qui le mène vers le monde de l’informel, du chaos, des morts, dans le ventre de la terre, dans le labyrinthe, dans l’enfer ou le ciel. Les épreuves, tortures, qu’il subira pendant ce voyage ont toutes pour but d’anéantir l’être profane qu’il était afin que, de lui, renaisse un nouvel être.

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Le père de George Sand (Maurice Dupin) a été Franc-maçon.

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Histoire de ma vie. (lettre de Maurice Dupin à sa mère)



Charleville, 27 messidor.


[...] A défaut de dangers réels, il est permis d'en chercher d'imaginaires, c'est ce qui m'a engagé à me faire recevoir franc-maçon. La cérémonie a eu lieu hier,et, pour te donner une idéede toutes les mauvaises plaisanteries et mystifications dont j'ai été l'objet, il me suffira de te dire que j'avais ces messieurs à pis faire, les défiant formellement de m'intimider.

On a employé à cet effet tous les moyens connus.

On m'a enfermé dans tous les trous possibles, nez à nez avec des squelettes ; on m'a fait monter dans un clocher au bas duquel on a fait mine de me précipiter ; et ce que j'ai admiré dans tout cela, c'est l'apparence de réalité qu'ils savent donner à toutes ces illusions. C'est ma foi, merveilleux et fort amusant. On m'a fait descendre dans des puits, et après douze heures passées à subir toutes ces gentillesses, on m'a cherché une mauvaise querelle sur ma bonne humeur et mon ton goguenard, et on a décidéque je devais subir le dernier supplice. En concéquence on m'a cloué dans une bière, porté au milieu des chants funèbres dans une église, pendant la nuit, et, à la clarté des flambeaux, descendu dans un caveau, mis dans unefosse et recouvert de terre, au son des cloches et du "De profundis". Après chacun s'est retiré.

Au bout de quelques instants, j'ai senti une main qui venait me tirer souliers, et tout en l'invitant à respecter les morts, je lui ai détaché le plus beau coup de pieds qui se puisse donner. Le voleur de souliers a été rendre compte de mon état et constater que j'étais encore en vie. Alors on est venu me chercher pour m'admetre au grands secrets. Comme avant l'enterrement on m'avait permis de faire mon testament, j'avais légué le caveau dans lequel j'avais été enfermé au colonel de la 14e, afin qu'il en fît une salle de police; la corde avec laquelle on m'y avait descendu, au colonel du 4e de cavalerie, pour qu'il s'en servit pour se pendre, et les os dont j'étais entouré, à ronger à un certain frère terrible qui m'avait trimbalé toute la journée dans les caves et grenier, prétendant m'avoir sauvé d'un grand danger. Cette preuve de ma reconnaissance a diverti ces messieurs, que j'ai entendu rire malgré la gravité de leur rôle. Mais ce qui m'a le plus diverti, lorsque tout a été terminé, c'est la colère de Morin contre un particulier qui était fort étonné de la manière dont j'avais supporté les épreuves. Morin était tellement piqué qu'on parût surpris de la fermeté de son camarade, qu'il voulait faire tirer l'épée à tout le monde. [...]




 
Dernière modification : 21/08/2008

George Sand: Actualités

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